Événements Karine Bétournay

MARGUERITE, 1536

Note de programme

Marguerite, 1536 est inspirée d’une anecdote de l’histoire québécoise : on dit que Marguerite de la Rocque, nièce du Sieur de Roberval, a trompé la vigilance de son oncle en s’éprenant d’un marin qui se trouvait, comme elle, sur un bateau en direction de la Nouvelle-France. Mais la riposte sera dure alors que Marguerite, son amant et une servante seront abandonnés sur une île du Saint-Laurent, dans l’isolement le plus total...

De style contemporain, la composition s’inspire de l’histoire du point de vue de sa structure et de ses thèmes. Le début, énergique, est constitué de quatre thèmes tirés de chansons folkloriques de l’époque. Ils sont superposés pour recréer l’atmosphère animée et agitée qu’on retrouvait fort probablement sur ce genre de navire, avant que les thèmes se dégradent progressivement, subissant des altérations rythmiques et modales jusqu’à parvenir vers un pointillisme référant peu à peu à l’isolement qui suivra.

L'EMPREINTE DES SAISONS

Note de programme

L’Empreinte des Saisons a été composée d’après le poème éponyme de Benjamin Goron. À l’instar des mots, la musique évoque l’écoulement cyclique des saisons d’une manière photographique. Ici un geste, là une couleur, une énergie. Les quatre mouvements qui se succèdent sans interruption empruntent leur vocabulaire tant à la musique impressionniste, contemporaine qu’au jazz.

Arbuste
Pour donner des racines aux fruits de nos erreurs
Tu les enveloppes doucement
Dans de vaines promesses que tu nommes bourgeon […]


Chaque instrument devient un maillon du renouveau printanier. L’effervescence est un masque derrière lequel une compétition s’installe. L’entêtement à vouloir renaître. Éclosion d’un bourgeon, prolongement d’une racine, premiers battements d’ailes.

Pas une goutte de vent
Seul le soupçon de tes lèvres
Qui me chante les louanges du printemps disparu […]


Un arrière-plan tout en glissandos, derrière lequel on peut lire l’attente, la langueur. Le piano contemplatif, entre mélodie main gauche et notes parsemées dans la main droite, semble redécouvrir la beauté du ciel astré.

Marécage
La sève qui te tire de tes insomnies
Et remplit de poison ton écrin de mélasse
A volé la jeunesse des arbres […]


Le spectre automnal rouge-orangé invite les couleurs et les rythmes du jazz à s’immiscer dans ce mouvement où la groove du piano, sur une forme de blues, prépare un solo de clarinette teinté d’inflexions à la Ornette Coleman.

En grattant sous la neige
J’ai trouvé le fossile d’un lac
Qui m’a révélé ton nom […]


Douceur et mélancolie transparaissent dans cet hiver synonyme de sommeil. Mais en regardant bien, on aperçoit une mésange, une feuille rouge restée sur la branche. Un motif mélodique se glisse d’un instrument à l’autre nous dévoilant un paysage glacé, puis le souffle d’un être cher, aimé ou disparu, peut-être inventé, qui parcourt le poème comme un fantôme endormi.

NULIAJUK

Nuliajuk est une œuvre pour quatuor à cordes créée en mars 2016 à Montréal par le quatuor Molinari. Elle s’inspire de la figure de Nuliajuk, divinité inuite de la mer (en anglais Sedna) et protectrice des animaux marins. À travers cette pièce, j’ai expérimenté le parallélisme en tant que procédé narratif et rhétorique structurant du morceau au lieu du traditionnel procédé de tension-détente. Ce parallélisme est visible à différents niveaux, ciblant des instruments sans cesse différents avec une prépondérance de l’opposition violon-violon2 / alto-violoncelle.

L’utilisation de certains contrechants ou insertions motiviques combinés à des modes de jeux spécifiques (harmoniques, jeu sur le pont etc.) amène du relief, de la profondeur et du contraste au discours. La partie centrale est une fugue où chaque partie entre « sur le pont » pour continuer normalement. Le sujet et les contre-sujets sont autant de thèmes qui continuent séparément leur course au-delà de la fugue et se développent dans les parties qui suivent, toujours selon un certain parallélisme dans les voix.

À un autre degré de compréhension, on peut rapprocher ce parallélisme de la dualité du personnage de Nuliajuk, à la fois princesse arrogante puis victime d’un cruel destin. Même si l’histoire joue un rôle secondaire dans le processus de composition, la trame narrative de la musique peut être interprétée comme évocation du destin tragique de cette princesse condamnée à un mariage forcé avant d’être kidnappée puis tuée par son propre père, l’un des mythes fondateurs de la cosmogonie inuite.

IRIE MON

Irie Mon est une pièce pour alto solo créée en février 2016 à la Hochschule für Musik, Theater une Medien de Hanovre en Allemagne et interprétée par Imola Bálint. Dans cette pièce, j’explore différents aspect du lyrisme et de la rythmique de l’instrument en cherchant à faire ressortir la singularité de chaque registre. Le discours y est très changeant, d’une virtuosité bien dosée, avec une alternance de passages linéaires et de superposition de voix qui dialoguent dans différents registres. Le langage juxtapose des éléments tonaux et d’autres issus du modal chromatique, utilisant une palette diverse de couleurs et modes de jeux de l’instrument pour servir le discours.